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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 10:38

« Toute notre connaissance commence par les sens, passe de là par l’entendement et s’achève dans la raison, au dessus de laquelle il n’y a rien en nous de plus élevé pour élaborer la matière de l’intuition et pour la ramener à l’unité la plus haute de la pensée… » écrit Kant dans sa Critique de la raison pure, il y a plus de 2 siècles.

Comment se fait-il qu’en ce début de XXI° siècle, la grande majorité des dirigeants et des responsables d’entreprises et d’institutions fondent toute l’organisation sociale et d’entreprise sur la soi-disant raison seule, mise en acte dans toutes nos démarches qualité, nos process, nos procédures ?

Commet se fait-il que l’on néglige autant le point de vue des professionnels de terrain, devenus trop souvent de simples exécutants, qui pourtant possèdent ce sur quoi la raison est sensée s’appuyer : l’expérience et ce que Kant appelle « l’entendement », c’est-à-dire le bon sens, l’intuition ?

L’inculture ? Il est vrai que rares sont les quinqua et les sexagénaires, donc ceux qui sont arrivés depuis déjà quelques temps aux postes d’encadrement et de pouvoir, à avoir fait leurs Humanités (et à avoir étudié les textes anciens et la philosophie, cette science de la sagesse.)

Nous n’avons pas fait nos Humanités, parce que l’enseignement ne le proposait plus. Exit les Humanités, au profit d’enseignements qui déjà se spécialisait. La culture a été prise en otage par les spécialisations ! Depuis, les choses ne se sont pas arrangées. La rançon de ce rapt est une modification des modes de pensée, une dépendance accrue au savoir dogmatique et… à ceux qui prétendent le détenir. Et peut-être ce que nous vivons aujourd’hui comme une déshumanisation.

La nécessité ? Dans un monde qui a divisé la connaissance pour mieux l’approfondir, l’interdépendance est devenue majeure, nécessitant de communiquer et de se coordonner pour redonner du sens à nos savoirs et à nos actes. L’hyper spécialisation a permis des progrès immenses, mais a creusé, en même temps, un fossé entre ceux qui réfléchissent et ceux qui agissent. Du haut de leurs savoirs, les chercheurs, les dirigeants ont oublié que la matière sur laquelle ils travaillent est celle qui a été extraite du terrain, devenu le fossé. Ils communiquent, d’un sommet à l’autre, au risque de ne discourir que sur du vent. Les questions en jeu, déconnectées de ce que le terrain peut apporter, ne trouvent plus de réponses raisonnables pour ceux qui restent dans la fosse !

Je propose de méditer sur ce passage, de la Préface à la 1° édition de la Critique de la raison pure :

« La raison humaine a cette destinée singulière, dans un genre de ses connaissances, d’être accablée de questions qu’elle ne saurait éviter, car elles lui sont imposées par sa nature même, mais auxquelles elle ne peut répondre, parce qu’elles dépassent totalement le pouvoir de la raison humaine.

Ce n’est pas sa faute si elle tombe dans cet embarras. Elle part de principes dont l’usage est inévitable dans le cours de l’expérience et en même temps suffisamment garanti par cette expérience. Aidée par eux, elle monte toujours plus haut (comme du reste le comporte sa nature), vers des conditions plus éloignées. Mais, s’apercevant que, de cette manière, son œuvre doit toujours rester inachevée, puisque les questions n’ont jamais de fin, elle se voit dans la nécessité d’avoir recours à des principes qui dépassent tout usage possible dans l’expérience et paraissent néanmoins si dignes de confiance qu’ils sont même d’accord avec le sens commun. De ce fait, elle se précipite dans une telle obscurité et dans de telles contradictions qu’elle peut en conclure qu’elle doit quelque part s’être appuyée sur des erreurs cachées, sans toutefois pouvoir les découvrir, parce que les principes dont elle se sert, dépassent les limites de toute expérience, ne reconnaissent plus aucune pierre de touche de l’expérience. Le terrain où se livrent ces combats sans fin se nomme la Métaphysique. »

Est-ce que la question qui se posait à la fin du XVIII° siècle à propos de la métaphysique ne serait pas celle qu’on peut se poser aujourd’hui à propos de la Qualitologie ?

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Published by Catherine STRUMEYER
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