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4 juillet 2016 1 04 /07 /juillet /2016 10:57

Jeudi 23 juin, le CHAM[1] proposait à Marseille une conférence intitulée « De la précaution à l’innovation », animée par le Professeur Guy Vallancien Sur fond de mouvements sociaux et de grèves contre la loi travail, cette conférence prend une dimension particulière. Elle a réuni autour d’une table ronde Nicolas Bouzou, économiste, Norbert Nabet, Directeur général ajoint de l’ARS PACA, Jean-Yves Longère, Directeur général de l’Agence Régionale pour l’Innovation et l’Internationalisation des Entreprises et Alaxandre Tokay, Président de Vect-Horus.

Le principe de précaution, inscrit dans la constitution depuis 2005, part d’une préoccupation saine de ne pas nuire mais coûte cher à la société –l’épisode de la grippe H1N1 reste dans les mémoires - et freine l’innovation. Il se nourrit des peurs, pas toujours rationnelles, contraint, limite et embolise les chances de progrès. La peur fige. Paradoxalement, ce principe de précaution est appliqué dans une période où les indicateurs n’ont jamais été aussi bons : l’espérance de vie est au plus haut, le taux de survie à 5 ans après un cancer du sein est de 87%, les écarts de niveaux de vie entre les pays se réduisent…

Il a des détracteurs, dont Nicolas Bouzou qui nous dit que s’il avait été appliqué plus tôt, comme il l’est aujourd’hui, il n’y aurait ni train, ni électricité, ni même de tour Eiffel. En effet, à la fin du XIX° siècle, certains scientifiques mettaient en garde contre le chemin de fer qui pouvait selon eux provoquer des troubles de la rétine, des troubles respiratoires et même la danse de saint Guy. Autant de mises en garde qui aujourd’hui nous font sourire, mais ne faisaient pas rire quand elles ont été proférées. Pour lui, nous traversons une période de mutation équivalente à l’invention de l’agriculture (il y a 10 000 ans), à l’instauration du commerce lointain 2500 ans avant notre ère, à la renaissance ou à la révolution industrielle. C’est la révolution NBIC, nano et biotechnologique, informatique et cognitive. Des changements sont donc nécessaires, indispensables même pour s’adapter au monde qui évolue. Dans ce contexte, contrairement à la précaution qui vise à éviter un résultat non souhaitable et conduit pour cela à ne rien faire, la prudence va amener à agir avec les moyens et les connaissances disponibles. Elle est une valeur cardinale[2] au même titre que le courage, la justice et la tempérance.

Ce n’est pas exactement ce qui est préconisé dans la plupart des structures sanitaires et médico-sociales où le principe de précaution, omniprésent, sert de toile de fond à nos organisations et nos procédures. Malgré tout, Norbert Nabet, Directeur général adjoint de l’Agence Régionale de Santé PACA, estime qu’il y a aujourd’hui dans nos institutions, une puissance créatrice sous-estimée, voire méconnue. Les mettre en œuvre implique de dépasser les craintes légitimes pour agir sans être dans le « tout ou rien », de mettre en place un processus dynamique qui s’appuie sur la connaissance et la culture, car l’ignorance majore la peur. Donner envie et confiance par un management bienveillant est une voie privilégiée, une voie qui fait appel à une philosophie et même, pour Nicolas Bouzou, à la spiritualité. Voilà des propos qui nous ramènent à de vieilles ambitions qui peinent à se réaliser : prendre en charge les personnes, grâce aux projets personnalisés, dans leurs dimensions biologique, psychologique, sociale et spirituelle.

L’avenir n’est donc pas une question de règles, mais d’attitude : écoute, coopération, innovation. Autant de capacités que l’art et la culture aideront plus sûrement à développer que tous les protocoles réunis.

Bibliographie : Jean-Baptiste FRESSOZ, L’apocalypse joyeuse. Une histoire du risque technologique, collection L’Univers historique, Paris, Le Seuil, 2012.

Nicolas Bouzou : On entend l'arbre tomber mais pas la forêt pousser, JC Lattes, 2013.

[1] C.H.A.M., La Convention on Health Analysis and Management, qui se tient tous les ans à Chamonix, présidée par le professeur Guy Vallancien a pour but premier d’être un lieu privilégié d’une réflexion libre et innovante sur l’organisation et le management des systèmes sanitaires, grâce à la rencontre et aux échanges entre décideurs et experts de premiers plan issus d’horizons divers.

[2] De cardo, l’axe principal nord sud autour duquel s’articulent les axes secondaires.

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Published by Catherine STRUMEYER
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